Bannière
Nov04

Le printemps 2011

Categories // Philippe Faure-Brac

Le printemps 2011

L’édition de printemps 2011 est un numéro « vert », les vins issus de l’agriculture biologique sont au coeur de notre route des vins en compagnie de Philippe Faure-Brac. Depuis la première heure, il prône pour la bio-culture et la diminution de l’utilisation des pesticides ou autres produits qui protègent la vigne mais pas les sols.

L’Epicurien :
Ton opinion sur ces vins issus de l’agriculture biologique ?

Philippe Faure-Brac :
C’est un mouvement de fond initié il y a plusieurs années à travers le monde. C’est un terrain où la France gagne des parts de marché même si l’on parle de biodynamie avant tout, sans oublier que la production de vins issus de l’agriculture biologique reste marginale par rapport au
marché global.

L’Epicurien :
Quelles sont les motivations des viticulteurs pour se lancer dans le bio?

Philippe Faure-Brac :
Il y a des gens qui le font par vocation et d’autres dans un but purement lucratif. Ce sera pour ces derniers l’opportunité d’apporter une valeur ajoutée à leur production ou
d’élargir leur gamme. Mais dans l’ensemble c’est un engagement qui nécessite plus de travail, d’attention et de risques. Sur le marché du vrac le bio est revalorisé.

L’Epicurien :
On parle souvent de biodynamie (agriculture biologique dynamique)… Penses-tu qu’il s’agisse réellement d’une production totalement naturelle ?

Philippe Faure-Brac :
Non, car il s’agirait de la non utilisation de produits chimiques, ce qui est impossible. Le cuivre, par exemple, est un produit chimique indispensable en culture bio tout comme en culture traditionnelle.

L’Epicurien :
Y-a-t-il une grande différence entre l’agriculture biologique et la biodynamie ?

Philippe Faure-Brac :
La biodynamie utilise le calendrier lunaire mis au point par Maria Thun à qui l’on doit le « compost de bouse ». Le principe étant d’intervenir sur la vigne en lune montante sur l’extérieur de la plante (cep) et à lune descendante (période d’attraction terrestre) que l’on travail sur l’intérieur (la terre) et donc les racines. Des manipulations comme le fait d’enterrer des cornes de boeuf que l’on laisse se décomposer puis on utilise l’énergie en les diluant dans l’eau comme les poudres de silice qui favorisent la photo-synthèse, ce qui permet d’aider la vigne à produire du bon raisin. On peut aussi vaporiser des infusions d’orties. Le bio, c’est la même chose que la biodynamie, en utilisant des produits naturels sans le calendrier lunaire. Il y a aussi les vins naturels qui sont des vins élaborés sans souffre (le souffre a des vertus antiseptiques). On a du mal à s’en passer car il est nécessaire à la conservation et au vieillissement du vin. Il faut savoir que lors de la fermentation du vin, ce dernier produit du souffre naturellement, d’où le nom.

N.B. :
L’indication sans sulfite sur les bouteilles a été mise en place depuis quelques années.

L’Epicurien :
Nous souhaitons savoir si le bio fait vraiment la différence. Y-a-t-il une différence prononcée à la dégustation entre un vin issu de l’agriculture biologique et un autre qui ne l’est pas ?

Philippe Faure-Brac :
Oui et non, parcequ’un vin mal vinifié sera mauvais dans les deux cas.

L’Epicurien :
Est-ce qu’il vieillit et se conserve de la même façon ?

Philippe Faure-Brac :
Ils se garde aussi bien, seulement les vins vinifiés sans souffre verront leur DLC (date limite de consommation) beaucoup plus courte. Pour certains vieux millésimes, j’ai pu constater des notes de « poulailler » pas très agréables. Alors il faudra les conserver à 14°C maximum pour optimiser leur vieillissement. Pour la biodynamie, cette méthode favorise la minéralité, l’expression et le respect du terroir avec une typicité supérieure à celle de l’agriculture conventionnelle.

L’Epicurien :
La Champagne comme la Bourgogne sont des appellations complexes où, au sein d’une même parcelle, plusieurs producteurs ont leurs propres rangées de ceps. Peut-on imaginer que certains puissent obtenir le label bio alors que son voisin ne le souhaite pas ?
Philippe Faure-Brac :
Cela existe en Bourgogne comme en Champagne, seulement la proximité fait qu’il faut se protéger de la méthode de culture de ses voisins. C’est ce que fait la maison de champagne De Sousa. Autre exemple, le domaine de la Romanée Conti est un vignoble à 100% en biodynamie et c’est l’un des meilleurs vins au monde. A Puligny-Montrachet,
le domaine Leflaive d’Anne-Claude Leflaive est également en biodynamie et elle s’en sort très bien.

L’Epicurien :
Quelles sont les régions qui te paraissent les plus engagées dans le développement de vins bio ?

Philippe Faure-Brac :
Il y a des vignerons bio dans toutes les régions de France mais les vignobles les plus performants sont ceux du Sud comme la vallée du Rhône et l’Ouest de la Provence car le
vent remplace un potentiel traitement, sèche rapidement les vignes et évite les maladies (mildiou). Le Languedoc aussi produit beaucoup de vins bio. L’Epicurien a pu le constater au salon des vins bio qui se tenait à Montpellier dernièrement, car cette région regroupe un grand nombre de personnes engagées dans cette démarche. En revanche, la vallée de la Loire a plus de difficultés à produire des vins issus de l’agriculture biologique.

L’Epicurien :
Quelles sont tes découvertes et recommandations à l’occasion de ce numéro très spécial ?

Philippe Faure-Brac :
D’abord mon domaine, le domaine Duseigneur en appellation Lirac, qui est en biodynamie, en vente dans la caves de l’Epicurien. Il y a également l’organisme « Biodyvin » qui recense les vignerons bio de l’hexagone. Sans oublier l’appellation Baux de Provence dont la quasi totalité des vignerons sont en agriculture bio.

L’Epicurien :
As-tu adopté la bio-attitude en matière de nourriture et consommation de vin ?

Philippe Faure-Brac :
Oui, si et quand je le peux. Si j’ai le choix au marché entre un citron bio et un citron traité, je n’hésite pas. Il en va de même pour une viande, ou encore pour les poissons sauvages comme ceux d’Alaska sont d’une grande pureté (pêche raisonnée).

L’Epicurien :
Quels sont les vignobles dans le monde qui revendique le bio ?

Philippe Faure-Brac :
Le Chili est naturellement bio, principalement pour des
raisons climatiques. Avec la chaleur modérée et constante, les pluies
courtes et le vent qui suit ces dernières.

L’Epicurien :
A travers le monde, quels sont les consommateurs qui privilégient le bio ?

Philippe Faure-Brac :
Il y a des pays très sensibles comme l’Allemagne et la Suisse ainsi que les pays Scandinaves qui sont très sensibles sur le bio.

L’Epicurien :
Es-tu un adepte des énergies nouvelles ?

Philippe Faure-Brac :
Je suis sensible à l’économie d’énergie et le génie climatique. Lorsque l’on vit en milieu urbain comme moi, on ne peut que difficilement y remédier. Si je pouvais vivre en campagne, les panneaux solaires seraient de rigueur sur le toit de ma maison. Par contre je suis un adepte du recyclage, et je rapporte par exemple mes piles au quincailler. Au Bistrot du Sommelier, le tri est primordial et l’économie d’énergie l’est tout autant.

L’Epicurien :
L’actu de Philippe Faure-Brac ?

Philippe Faure-Brac :
Les vendredis du Vigneron, tout comme BFM chaque week-end restent mon actualité du moment.

Les vendredis du Vigneron au bistrot du sommelier
Réservation :
97 Bd Haussmann - 75008 Paris
01 42 65 24 85
www.bistrotdusommelier.com